Fal anar li aidar, lou bournat dou Perigòrd

Dimanche soir, fin du week-end, je rentre. Durant les nombreuses heures de train qui séparent le Périgord vert et Genève, je repense à ces deux jours.

Tout d’abord, je suis revenue dans le Périgord pour vendanger. Ce n’est pas un vignoble de grand cru mais une vigne familiale pour un vin de table, un vin consommé par la famille avec quelques grappes de noah (le « vin qui rend fou » selon les croyances rurales). Dans la région, il y a  plusieurs années, il était fréquent que chaque famille entretienne quelques ares ou hectares de cépages, en plus de leur jardin et de leur parcelle de forêt. Un week-end on vendangeait chez Jean A., un autre chez Marcel A., etc. Chez nous d’ailleurs, on pratique toujours la récolte au panier en osier et on utilise le pressoir manuel. Mais aujourd’hui, ces vignes vieillissent et sont rarement replantées. Elles ont plutôt tendance à être arrachées, car plus personne ne les entretient. Beaucoup d’héritiers et de jeunes désertent cette campagne et ceux qui restent préfèrent n’avoir aucun lien avec cette terre. Les bottes et la fourche de nos jours sont loin d’être tendance …  Rurality pour moi c’est un moyen de redonner envie aux générations actuelles de prendre soin de ces vignes et de cette terre.

Plus tard dans le week-end, autour de la table il a été question de la fête de l’automne dans la commune voisine. Une des principales activités est un concours de labour. Le problème cependant cette année : il n’y a pas assez d’agriculteurs pour participer – non pas par manque d’intérêt, mais parce qu’il ne reste que très peu d’agriculteurs. Comme partout en France, les exploitations disparaissent : les corps de ferme qui ne tombent pas en ruines sont repris par des particuliers pour maisons d’habitations ou des gîtes ruraux (car pour les vacances d’été, les jeunes restent attirés par le vert). Les terres quant à elles sont soit abandonnées, soit – une nouvelle tendance – bradées pour la construction de zones semi-industrielles où les hangars remplacent les champs de blé, tournesol et colza. C’est une nouvelle idée des communes rurales à petit budget : attirer les entreprises… Mais attention pas dans les bourgs plein de charme où les vitrines et les anciens ateliers se ternissent de jour en jour ; plutôt en périphérie pour avoir une concentration d’hangars, tout près des hypermarchés. Rurality pour moi c’est aussi un moyen de montrer qu’une exploitation agricole innovante et bien gérée est une entreprise à part entière. C’est d’aider à transmettre ce patrimoine plutôt que de le voir disparaitre. C’est aussi essayer de récréer l’animation dans ces bourgs ruraux avec des activités professionnelles dynamiques.

Mon week-end avançant à grand pas, j’ai quand même eu le temps d’aller au vide-grenier. Au milieu des stands, j’ai entendu une petite vieille dame parler en patois à son voisin. J’ai vaguement compris. J’ai soudain réalisé que mes parents sont les derniers à parler couramment cette langue, la génération suivante, donc moi, c’est fini. Je n’ai pas vraiment fait d’effort, je dois l’admettre. Au-delà du langage quotidien, il s’agit d’une identité rurale qui disparaitra : certaines pratiques – le chabrol  pour ne pas en nommer – ne s’expriment qu’en occitan. J’aurais bien dû mal à trouver la traduction. J’adore partager et mélanger les cultures, j’ai plaisir à voyager ou manger Thai au cœur du Jura. Aujourd’hui les barrières sont affranchies. Mais à la base de la richesse de ces expériences réside l’existence même de ces différentes cultures, leur identité Lorsque nous les aurons perdues, que restera t’il à partager ?. Rurality pour moi c’est aussi un moyen de promouvoir l’identité rurale et  permettre qu’elle s’exprime à l’échelle nationale et internationale.

Finalement, il a fallu partir… Comme toujours j’ai garni mes valises : fruits, légumes et un litre d’huile de noix pressée au moulin à eau. J’ai appris que ce moulin a fermé récemment. Le propriétaire est décédé et personne n’a réellement repris l’activité. Il va falloir trouver une autre alternative pour écraser les noix.  C’est dommage de ne pas avoir un entrepreneur motivé pour reprendre et développer l’activité quand notre pays affiche un taux de chômage record. Les citadins sont prêts à acheter cette huile pressée artisanalement. Mais il faut marketer le produit, contacter des distributeurs, communiquer. Ne pas laisser ce moulin inconnu (hors mis dans le guide du Routard). Ce n’est pas seulement un joli site à visiter, ça peut devenir une vraie entreprise. Rurality pour moi c’est aussi un moyen de canaliser et développer des produits à haute valeur ajoutée : connecter les producteurs au marché.

Voilà, je suis rentrée en Suisse, plus motivée que jamais. Je me suis dit qu’on avait du pain sur la planche, mais qu’on avait une réelle raison d’exister…